Abu Barâ', un chef de tribu respecté, demande au Prophète ﷺ d'envoyer des enseignants du Coran à son peuple dans le Najd. Le Prophète ﷺ hésite, il connaît la dangerosité de cette région. Abu Barâ' insiste et donne sa garantie personnelle : « Je les protège. Personne n'osera les toucher. »
Le Prophète ﷺ se laisse convaincre et envoie 70 compagnons. Ce ne sont pas des guerriers, ce sont des huffâz, des récitateurs du Coran, des jeunes savants qui connaissent le Livre par cœur. Ils voyagent en paix, confiants dans le pacte.
Mais 'Amir ibn At-Tufayl, le neveu d'Abu Barâ', est un homme ambitieux et sans scrupules. Il ignore la garantie de son oncle, ameute plusieurs clans de la région et tend une embuscade aux 70 récitateurs à Bi'r Ma'ûna (le Puits de Ma'ûna).
Encerclés, sans armes lourdes, les compagnons comprennent qu'ils vont mourir. Pas un seul ne fuit. Pas un seul ne supplie. Harâm ibn Milhân, au moment d'être transpercé par une lance dans le dos, se retourne, voit le sang couler sur sa poitrine, et s'écrie avec un sourire : « J'ai gagné, par le Seigneur de la Ka'bah ! », son assassin, 'Amir ibn Fuhayra, est tellement troublé par ces mots et ce visage serein qu'il finira par embrasser l'Islam des années plus tard.
Un seul survivant, 'Amr ibn Umayya, est relâché. Le Prophète ﷺ, en apprenant la nouvelle, est dévasté. C'est l'une des seules fois où il fait le qunût, une invocation spéciale dans la prière, pendant un mois entier, chaque jour, pour pleurer ces 70 âmes innocentes.